Google Base et le recrutement par Internet

Google a finalement mis en ligne hier un nouveau service qui faisait depuis des mois l’objet des spéculations des analystes et dont on a vraisemblablement pas fini de parler : Google Base (version beta, en anglais seulement). Le principe est simple : offrir la possibilité de publier gratuitement et de manière structurée des annonces et contenus divers qui pourront ensuite être facilement repérés par le moteur de recherche. Et, bien sûr, il est notamment possible de publier annonces emploi et CV. Est-ce un évènement majeur pour dans le domaine du recrutement par Internet ? Difficile de répondre pour l’instant, mais voici quelques précisions et premières réactions.

NB : billet initialement publié ici sur www.surlemploi.com.

On trouvera sur le web beaucoup d’analyses générales sur le nouveau service de Google. Les plus intéressantes que j’ai lues pour le moment sont celles de Charlene Li (sur son blog, ici et , en anglais), de Danny Sullivan (sur Search Engine Watch, en anglais) et de Christophe Deschamps (sur Outils Froids, en français). Je me contenterai de citer un passage du dernier billet de Charlene Li, qui pointe un élément essentiel dans la stratégie de Google, élément qu’il faut garder à l’esprit lorsqu’on s’intéresse aux annonces emploi :

(…) rather than scrape existing databases, Google is going to encourage people, businesses, and organizations to submit their listings directly to Google. This avoids any potential “cease and desist? orders like the one that Oodle.com recently received from Craigslist.org for scrapping its listings.

Petite explication de texte. Craiglist, fameux site d’annonces gratuites, a récemment demandé à Oodle, un moteur de recherche verticale d’annonces classées, de ne plus référencer son contenu (précision : par « verticale », on entend une recherche segmentée par champs). Charlene Li, qui sait comme tout un chacun que la recherche verticale est un axe de développement important pour Google, souligne donc le fait qu’avec Base, le moteur de recherche encourage les annonceurs de tout ordre à saisir directement leurs annonces chez lui, ce qui le prémunira contre le problème auquel Oodle a été confronté.

En France et dans le domaine de l’emploi, il y a quelques années, Cadremploi et Cadresonline avaient fait à Keljob le même type de demande que Craiglist à Oodle : arrêter le référencement des annonces paraissant sur son site. Pour Cadremploi, l’affaire s’est finalement réglée en justice, donnant naissance à une intéressante jurisprudence sur le référencement des « liens profonds ». Par la suite l’ANPE a également souhaité que Keljob cesse de référencer ses offres. Quant au partenariat qui liait le « méta-moteur » de recherche d’emploi avec l’Apec, il a pris fin il y a deux mois et n’a pas été renouvelé.

Or tous les analystes s’attendent à ce que Google lance un moteur de recherche verticale dédié à l’emploi. La partie offres d’emploi de Base pourrait alors permettre à Google d’être moins dépendant des sites emploi, qui, on le voit, se montrent souvent réticents à ce que leur contenu soit repris.

Parlons maintenant du service proprement dit. Ce qui m’intéresse ici, c’est la possibilité offerte par Google Base de publier gratuitement des offres d’emploi et des « profils », et de les rendre aisément accessible via le moteur de recherche.

Côté candidats, il existait déjà de multiples possibilités de mettre son CV en ligne et c’est surtout sur la visibilité que Google peut apporter un plus, d’autant qu’il est possible d’attribuer des mots-clés à son profil (comme à tout autre contenu) pour faciliter les recherches. La notion de profil est très large sur Google Base et peut aussi bien correspondre à une annonce matrimoniale qu’à une logique du type CV, mais l’outil propose suffisamment de souplesse pour s’adapter à de multiples usages (on peut notamment supprimer le champ sexual orientation qui apparait par défaut !). Si la possibilité de structurer les données par mots-clés permet effectivement de réaliser des tris efficaces, ce nouvel outil, gratuit et accessible à tous (contrairement aux CVthèques), pourrait intéresser les professionnels du recrutement, et en particulier les chasseurs de tête.

Côté diffusion d’offres, l’apport se situe à trois niveaux.

– D’abord, alors qu’il en coûte de l’ordre de 450-500 euros pour la publication d’une offre sur un site emploi privé grand public (tarifs français à l’unité), Base pourra permettre de bénéficier gratuitement d’une très large audience… surtout si son contenu « emploi » est bien référencé dans le futur moteur de recherche de Google dédié à ce champ.

– Ensuite, en attendant ce fameux moteur, Base peut servir aux entreprises à relayer les offres qu’elles publient sur leurs sites carrières. Idem pour certains sites emplois (c’est le cas pour CareerBuilder). En effet, il est possible de simplement renseigner les parties de l’annonce utiles à la recherche et de renvoyer vers une page externe pour la visualisation détaillée de l’annonce. Surtout, la publication massive d’annonces en batch est possible via une extension RSS.

– Enfin, Google Base offre un service de localisation qui permet aux candidats de repérer les offres des employeurs situés près de chez eux (la distance minimale possible est d’un mile).

Pour autant plusieurs questions importantes restent en suspens.

– En premier lieu, celle du « bruit ». Comme je l’avais déjà évoqué à la fin de ce billet, l’un des principaux problèmes auquel est confronté le recrutement par Internet est l’abondance de candidatures mal ciblées. Or Google Base, compte tenu de son audience probable et de sa très grande souplesse de publication, risque fort d’accentuer le problème côté candidatures et de l’étendre côté offres d’emploi (les premières annonces s’avèrent très hétérogènes et le spam y est assez présent).

– En second lieu, cette même souplesse de publication est également susceptible de poser d’engendrer des libellés problématiques, parce qu’imprécis ou – pire – discriminatoires. Il semble certes que Google ait mis en place un système de filtre (la publication des annonces n’est pas immédiate) mais il n’y a pour le moment aucune disposition spécifique sur l’emploi dans les conditions d’utilisation et on connait de toutes façons les limites des procédures automatiques de contrôle dans ce genre d’exercice.

– En dernier lieu, en France, où les services de l’ANPE et de l’APEC permettent d’ores et déjà de gratuitement publier des offres et consulter des profils, tout en assurant une bonne qualité de l’information et des fonctions de tri précises grâce à des nomenclatures fines, on peut se demander si Google Base va réellement trouver son public dans le domaine de l’emploi. Mais il faut dire que la transposition de la directive 2003/98 CE sur « la réutilisation des informations du secteur public », sur laquelle Keljob s’appuie pour négocier une licence d’utilisation des données de l’ANPE, pourrait éventuellement permettre à Google de se passer de Base pour nourrir son futur moteur dédié à l’emploi… Sans oublier, bien sûr, les offres directement publiées sur les sites carrières des entreprises.

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3 commentaires »

  1. […] Il y avait déjà eu l’épisode Oodle en octobre 2005. Je l’avais d’ailleurs brièvement évoqué dans ma note sur Google Base. Mais là, il s’agit d’une démarche d’une tout autre ampleur. Matt Marshall avait certes écrit un billet intéressant mettant en évidence le fait que les conditions d’utilisation de Craiglist pouvaient également justifier d’exclure d’autres agrégateurs verticaux (dans le domaine de l’emploi : Jobster, Indeed, SimplyHired). Mais de là à exclure les moteurs de recherche généralistes… […]

  2. Le principal problème des sites de recrutement actuels, c’est qu’ils ne proposent rien de plus qu’une grande visibilité auprès de nombreux candidats: qui est mieux placé que Google pour cela? Il faudrait qu’ils se tordent les neurones pour proposer des services plus poussés. Internet est autre chose qu’un tableau d’affichage…

  3. SILEN said

    Bonjour
    Suite au développement de mon site, J’ai pu avoir un article consacré à celui-ci dans « courrier cadres » le mois dernier (voir dans le blog de mon site « rompezlesrangs »)

    Aujourd’hui, je recherche plus particulièrement des partenaires et des financiers qui croient en mes divers projets dont celui-ci

    Le site « http://www.rompezlesrangs.fr », spécialisé dans le recrutement du personnel issu du monde militaire (actif « de carrière ou sous contrat » *-inactif) – réserviste – retraité(e)* se veut être
    l’outil interactif idéal pour préparer en amont un projet de reclassement ou de reconversion.

    Cet outil est à la disposition de tout militaire (ou ancien militaire) qui souhaite anticiper son départ des armées ou de la gendarmerie et qui envisage de commencer ses démarches de recherche d’emploi et d’enquête « terrain » sous le timbre d’une totale confidentialité !

    « ROMPEZ LES RANGS » propose sur l’ensemble de la France des offres d’emploi adaptées à des profils atypiques.
    Les recruteurs peuvent déposer leurs offres d’emploi et visualiser les divers profils de cette communauté

    « rompezlesrangs » est avant toute chose un site privé et indépendant sans aucun lien avec les armées françaises et la gendarmerie nationale.
    voir également mon blog (nicolas-baier.com)

    Bonne et heureuse nouvelle année 2007
    cordialement L’équipe technique de « rompezlesrangs »

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