JobCentral se verrait-il en « méta-agrégateur » d’offres d’emploi ? (maj)

Joel Cheesman signale sur son blog un très intéressant article paru hier sur le site du New York Times. Le papier est inégal mais il contient une information qui, si elle s’avérait exacte, pourrait sensiblement modifier le marché des médias de recrutement en ligne aux Etats-Unis : JobCentral, le service lancé en avril 2005 par DirectEmployers, la fameuse association d’employeurs américaine, serait sur le point d’annoncer un partenariat avec Indeed, SimplyHired et Google Base en vue de créer une « bourse nationale de l’emploi ». Un pas vers la désintermédiation des job boards ?

Mise à jour : les termes du partenariat ne semblent finalement pas être ceux évoqués par le NYT, voir cette note pour le détail du « feuilleton ». La suite reprend l’analyse initiale qui est, me semble-t-il, toujours pertinente sur le fond.

Quelques mots d’abord pour présenter JobCentral et DirectEmployers. Je me contente d’un copier-coller de ce que Carole et moi écrivions dans notre étude (p. 27).

Le référencement des offres publiées sur les sites carrières des entreprises est une activité en plein essor qui bénéficie de l’accroissement constant du nombre d’annonces de ce type […]. Un modèle économique intéressant existe aux Etats-Unis. L’association Directemployers, fondée en 2001, est un consortium à but non lucratif (de type GIE) qui réunit 150 entreprises américaines parmi les plus importantes (IBM, General Electric, Ford, Hewlett-Packard, Intel, Procter & Gamble, Time Warner…). Son but est de mettre en commun moyens et technologies pour permettre aux employeurs de disposer d’un outil commun et non commercial de référencement des offres paraissant sur leurs sites carrières respectifs. Un internaute peut ainsi accéder à l’ensemble de leurs offres à partir d’un seul site. L’association a lancé en avril 2005 Jobcentral, un job board permettant aux entreprises non membres de bénéficier de ce service moyennant le paiement d’une (faible) contribution.

Depuis que ces lignes ont été écrites, le nombre d’entreprises adhérentes à DirectEmployers est passé à 182 et l’accent à clairement été mis sur le service JobCentral puisque www.directemployers.com est désormais redirigé vers www.jobcentral.com.

Inutile, je pense, de revenir sur Indeed et Simplyhired, qui sont des agrégateurs d’offres d’emploi bien connus (si cela ne vous dit rien, nous en parlons pp. 28-29 de notre étude), ni sur Google Base, qui a fait l’objet d’une précédente note.

Voici donc le passage le plus intéressant de l’article du NYT :

A proliferation of new sites – many capitalizing on search engine technology to provide job offerings from across the Internet – are giving job seekers some new alternatives to explore.

Among them are JobCentral.com, a site developed for major corporations that carries their listings as well as direct links to the companies’ Web sites to apply for jobs. The board was created after executives from corporations like I.B.M., Hewlett-Packard and Intel began exploring ways to deal with the ever-escalating fees charged by the largest job boards.

Initially, 18 companies put in $60,000 each to finance the board. Now companies pay $12,500 a year to post all their jobs, or $25 a job (compared with as much as $400 a job on a major board), said Bill Warren, executive director of the DirectEmployers Association, the corporate group behind JobCentral. It now has 182 member companies. The site also acts as a search engine, scavenging job listings from about 1,400 nonmember companies.

Taking a slightly different tack are sites like Indeed.com and SimplyHired.com, which rely on search engines to aggregate a vast array of listings from newspaper classified ads, job boards, corporate sites and trade associations.

The field will expand again tomorrow, when JobCentral, Indeed, SimplyHired and Google Base, a database recently introduced by the search engine company, are to announce that they are teaming up to create a national labor exchange at JobCentral.com. The site, which has about 340,000 jobs posted, will incorporate jobs found by its partners and provide the technology to let those sites link to its information. Mr. Warren, creator of the job site that later became Monster, said the alliance would result in the amassing of information on about 4.5 million jobs.

« The benefit to the job applicant is that they can go to one place and basically see all the jobs on the Internet, » Mr. Warren said.

Si l’on résume à grands traits, il s’agit pour JobCentral de réaliser une bourse nationale de l’emploi en ajoutant, aux offres des 182 adhérents de DirectEmployers et des 1400 entreprises non membres qui diffusent leurs annonces sur le site, celles collectées par Indeed et SimplyHired et celles publiées sur Google Base (les trois services sont gratuits pour les entreprises). Le tout portant le nombre d’annonces emploi recensées sur JobCentral à 4.5 millions (bizarre, c’est le nombre d’offres que SimplyHired affiche en ce moment sur sa page d’accueil… Est-ce lié à une estimation des offres dupliquées entre les différents services ?).

Alors que l’on a pu un temps se demander si les job boards n’allaient marginaliser les intermédiaires traditionnels du marché du travail (sur cet aspect voir – encore une fois ! – notre étude) c’est finalement les job boards eux-mêmes qui risquent de se voir « désintermédiés » : de plus en plus d’offres sont publiées sur les sites carrières des entreprises et les agrégateurs verticaux leur offrent gratuitement la visibilité qui leur manquait ; ils leur donc est de moins en moins nécessaire de rediffuser leurs offres sur un job board.

Vous allez me dire : d’une part, seuls les job boards généralistes sont réellement menacés et, d’autre part, les PME qui n’ont pas de site carrières (ou pas de site du tout, quoique cela commence à se faire rare) continueront à utiliser leurs services. Oui sur le premier point : je pense que les « vrais » sites spécialisés sont relativement à l’abris. Par contre, sur le second point, je suis plus dubitatif. Certes, les grands job boards comptent clairement sur cet effet PME : ce n’est pas un hasard si, en France, un certain nombre d’entre eux ont depuis l’année dernière jeté leurs dévolus sur l’emploi en régions… Mais des solutions faciles d’accès et gratuites – ou à faible coût – s’offrent de plus en plus à eux aux Etats-Unis et devraient largement se diffuser ailleurs dans le monde dans un avenir proche.

Ainsi, pour les entreprises qui n’ont pas les moyens de mettre en ligne un site carrière, publier leurs offres sur Google Base ou utiliser un service comme celui de JobThreab est une solution intéressante. Ce dernier service permet par exemple de disposer d’un mini-site emploi auquel les candidats peuvent s’abonner par mail ou en RSS et, surtout, qui soumet automatiquement un flux XML aux agrégateurs d’emploi et à Google Base (le site peut aussi servir de support à un programme de cooptation, mais c’est une autre question). Outre cette dernière caractéristique, la différence majeure avec les services similaires déjà proposés par les job boards est le coût : JobThread est gratuit pour le moment et on peut penser qu’à terme sa tarification va rester très en deçà de celle des sites emploi « classiques ».

Encore une fois (voir cette note et l’entretien avec Entreprise et Carrières que je mettrai prochainement en ligne), le défi va être de gérer le « bruit » généré par ces nouveaux services : la publication des annonces étant largement décentralisée et ne répondant pas à un standard commun (format des données, nomenclatures), il risque d’être très difficile de s’y retrouver dans une « bourse à l’emploi » rassemblant l’information sans l’homogénéiser (sans parler des offres dupliquées ou des offres fictives ou obsolètes diffusées sur certains sites carrières). Le titre de l’article du NYT est d’ailleurs : « More Jobs Being Found Online, but That Doesn’t Mean It’s Easy » (mais le contenu est malheureusement un peu décevant par rapport à l’effet d’annonce). Bref, le dilemme transparence/bruit est plus que jamais d’actualité, et si les job boards ont une carte à jouer, c’est certainement en proposant des services offrant un meilleur rapport entre ces deux variables essentielles.

4 commentaires »

  1. Meta moteurs (optioncarrieres par ex en France), Mega GIE-Bourse d’emploi, tout cela me semble aller dans le sens d’une consolidation des informations disponibles en dépassant les structures (web et physiques). De quoi fluidifier l’information du marché de l’emploi oui, mais rendre plus efficaces les mises en relation entre talents et entreprises c’est moins évident.

    On sait qu’à (trop plutot que bien) diffuser grace au web les recruteurs débordent de candidatures dont une partie seulement correspond à leurs attentes. Et tout le monde y perd entreprise, recruteurs et candidats.

    Pour accompagner le mouvement du progrès je milite comme entrepreneur avec tous les partis pris que cela implique, pour que les grandes entreprises (et les intermédiaires ciblant les PME) se dotent de deux dispositifs du eRecrutement 2.0 :

    1°) la révélation interactive (puisque tu apprécies ;o) des talents afin de sélectionner sans limitation de volume de traitement les profils les plus proches des aptitudes et dispositions pour réussir les jobs proposés. L’eAssessment (comme le propose talent4jobs au hasard) est une solution trop peu utilisée alors que cela permet d’accueillir mieux (équitablement, efficacement, positivement) les flux de candidatures (en allant au-delà des CV formatés), le tout dans des sites RH qui donnent envie d’y revenir.

    2°) la « chasse proactive » des talents par la mobilisation des carnets d’adresses relationnelles des employés et de tous les maillons faibles prêts à le faire. De quoi se doter d’une force de « frappe » pour toucher les talents (y compris la grande majorité en poste) rapidement et efficacement sans être noyés de candidatures non qualifiées. NB : jobthread c comme jobmeeters, du recrutement par cooptation😉

  2. Quel vendeur !🙂

    Sur le fond je suis tout à fait d’accord sur l’idée selon laquelle, dans les évolutions actuelles du recrutement par Internet, il y a deux tendances réellement opposées : ce dont il est question dans cette note, et la mouvance dans laquelle vous vous situez. J’ai évoqué rapidement cette opposition sur FocusRH à travers le prisme du rapport transparence/bruit. Mais il faudrait que je prenne le temps de publier ici mes petits diagrammes abscons sur la question, pour les soumettre un peu à la critique. A suivre…

    PS : pour JobThread, la prime de cooptation est tout à fait optionnelle ; le site permet de faire du recrutement par cooptation (il paraît que c’est à la mode😉 ), mais propose avant tout aux entreprises des mini-sites d’offres d’emploi disposant de systèmes d’alertes mail pour les internautes et générant des flux XML permettant la syndication dans un agrégateur (d’où le nom du service).

  3. […] Dans un billet publié hier, j’évoquais un article du NYT relayé par Joel Chesman qui annonçait une série de partenariats entre JobCentral d’une part, et Indeed, SimplyHired et Google Base d’autre part, en vue de créer une “bourse nationale de l’emploi” (National Labor Exchange) rassemblant sur JobCentral les offres d’emploi collectées par tous ces acteurs. […]

  4. […] Suite des commentaires sur les annonces de JobCentral : après l’information initiale et les rebondissements qui ont suivi, voici, maintenant que l’on y voit un peu plus clair, quelques nouveaux éléments d’analyse. […]

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