Conférence e-manation sur la mise en oeuvre du CV anonyme – seconde partie

Il y a un certain temps, j'ai mis en ligne la première partie d'un compte-rendu subjectif de la conférence organisée le 30 mars dernier par e-manation et l'Unessor sur la mise en oeuvre du CV anonyme. En voici (enfin) la seconde partie, consacrée aux points qui m'ont particulièrement interpellés dans le retour d'expérience d'Alain Gavand. Bien sûr, la subjectivité est toujours de mise…

Le cabinet de recrutement d'Alain Gavand se présente comme étant en pointe sur la question de la diversité. Il a signé la charte de la diversité, a créé un label ("Recrutement et diversité") et une association de cabinets de recrutement ("à compétences égales") et, c'est ce qui nous intéresse ici, il a testé pendant plusieurs mois une solution d'anonymation fondée sur le logiciel Léa Desk d'e-manation, solution qui a été généralisée à toutes les missions du cabinet quelques jours avant la conférence.

Premier point intéressant dans son retour d'expérience : les informations à retirer des CV peuvent être nombreuses dans une acception extensive de l'anonymation. Le cabinet d'Alain Gavand supprime bien sûr toutes les civilités des CV (nom, âge, genre, adresse…) mais également d'autres éléments pouvant fournir des indications sur celles-ci.

C'est d'abord le cas des activités extra-professionnelles qui sont traditionnellement indiquées par les candidats en fin de CV. Alain Gavand juge ces informations "non pertinentes" au moment du tri de CV et estime que la possibilité d'aborder ces questions lors de l'entretien est suffisante.

Par ailleurs, il est possible d'avoir une indication de l'âge de la personne par l'intermédiaire des dates relatives à sa formation ou à ses expériences professionnelles : il est peu probable qu'un diplômé de l'enseignement supérieur en 1970 ait moins de 50 ans aujourd'hui… C'est la raison pour laquelle, le cabinet d'Alain Gavand a choisi de retirer également ces dates des CV (pour les expériences, ne sont indiquées que des durées).

Ces choix constituent bien sûr des pertes d'information importantes pour les consultants du cabinet, qui ne les ont d'ailleurs pas toujours bien accueillis.

Second point : l'anonymation implique une forte standardisation des candidatures. Passés à la moulinette du logiciel d'anonymation, les CV se ressemblent tous et perdent la personnalisation de la mise en forme, qui constitue souvent un élément d'évaluation pour le recruteur. Plus important encore, dans les choix retenus par le cabinet d'Alain Gavand, la sacro-sainte lettre de motivation passe à la trappe. Ce qui ne choquera sans doute pas les structures d'origine anglo-saxonne risque de faire bondir un certain nombre des recruteurs hexagonaux, même si à l'ère du copier-coller la lettre de motivation est de moins en moins personnalisée.

Troisième point : l'anonymation des CV risque forte d'entraîner mécaniquement un accroissement du nombre de candidats reçus en entretien. Il faut donc soit répercuter le coût au client, soit augmenter la productivité des consultants. Ces derniers ne sont évidemment pas favorables à la seconde solution, et il n'est pas sûr que la choisir soit sans effet sur la qualité de la prestation. On imagine que, comme en matière de consommation, le respect de l'éthique peut avoir un coût accepté par le client et que la labellisation jouera dans ce domaine également un rôle essentiel (d'où bien sûr l'investissement réalisé par le cabinet Gavand à ce niveau).

Dernier point : une personne de l'assistance a pointé lors de la discussion l'existence d'un risque juridique lié au fait que la candidature est modifiée sans l'autorisation du candidat. Ce à quoi Alain Gavand a répondu que l'essentiel était que ce dernier soit prévenu de la procédure (c'est le cas dans son cabinet). A voir… Est-il prévenu qu'au delà des indications de civilités, d'autres informations vont être supprimées (en particulier celles de sa lettre de motivation) et que la forme de son CV va être modifiée (ce qui, par exemple, peut être problématique pour un candidat graphiste) ? En tout état de cause, le cabinet prévoit à terme que l'opération soit menée par le candidat lui-même, via le Web, ce qui devrait écarter le risque juridique.

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5 commentaires »

  1. Claude said

    Merci pour cette suite que je n’espérais plus !
    Encore une fois il me semble que vous avez mis le doigt sur les points saillants de l’exposé. Mais on aimerait savoir plus sytstématiquement ce que vous en pensez, vous… (personnellement, je suis très partagé sur ces questions).

  2. Bonsoir,

    Bravo pour votre blog et son contenu ! 🙂

  3. Merci pour les encouragements, même si effectivement comme Claude le remarque, ce que je promets met parfois du temps à venir… Alimenter un blog avec des billets un minimum structurés est assez chronophage, mais quand on me stimule, je suis fortement incité à respecter mes annonces 😉

    Au passage, si d'autres personnes, comme Claude, ont assisté à ladite conférence, qu'elles n'hésitent pas à me signaler si j'ai omis des points importants selon elles ou déformé certains éléments.

    Quant à ma position sur les sujets abordés, il me semble que je la donne assez souvent dans ce billet. Par contre, il est vrai qu'on ne sait pas toujours "qui parle" : Alain Gavand ou moi ? C'est tout le problème d'un compte-rendu subjectif, mais j'aurais sans doute pu préciser certaines choses. En particulier, sur la façon de gérer l'accroissement probable du nombre d'entretiens, c'est moi qui, en bon économiste, présente les choses sous l'angle de l'alternative productivité/prix. La position d'Alain Gavand sur la manière d'absorber ce "choc" n'est bien sûr pas aussi claire/binaire.

    Pour finir, je conviens bien volontiers que l'on puisse attendre des avis plus tranchés de ma part sur certains points. Mais je n'ai tout simplement pas la science infuse : tout cela est très nouveau et j'attends les différents retours d'expérience pour me forger une opinon 😉

  4. fbrahimi said

    Bonjour,
    Bravo et merci.
    Les points soulevés me paraissent trés pertinents et abordent le sujet sur différents angles.
    Rares sont ceux qui évoquent le pb de l’accroissement du nombre de candidats reçus en entretien.
    Concernant les activités extra professionnelles; je confirme l’importance de cette rubrique que l’on a trop longtemps baptisé « divers » et qui comme tout ce qui parait anodin a énormément d’importance. Cela va d’ailleurs dans le sens de la VAE version 2002; qui reconnait les expériences associatives, syndicales et politiques comme génératrices de compétences.
    Concernant les dates et notamment les volumes . Je pense que l’on peut faire bcp en peu de temps. D’autant que l’avenir que l’on nous propose laisse présager que les CV vont devoir évoluer dans la forme: mettre en valeur les réalisations et les enjeu plutôt que les fonctions et les durées. Autrement , il faudra dès l’âge de 30 ans avoir un CV de deux pages mentionnant 6 mois par ci 7 mois par là, 2 mois encore ….
    Pour ma part, je n’adhère pas au principe du CV anonyme. Pour reprendre l’expression d’un jeune interviewé lors d’une émission TV: « lorsque je vais à un entretien ma tête n’est pas anonyme! »
    Le CV anonyme ne va pas résoudre les pbs mais les noyés.

  5. […] anonyme » je me suis déjà exprimée sur le sujet ( sur le blog de Bertrand DUPPERIN, le Blog de erecrutement et marché du travail de Yannick FONDEUR, et sur mon blog suite à un commentaire de Didier MULLER) […]

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