[MàJ 3] Google et la presse belge : quelles leçons ?

Vous avez peut-être suivi le feuilleton judiciaire qui oppose Google et la presse belge. Condamné pour violation des droits d’auteur, le moteur de recherche ne peut plus reproduire dans Google News Belgique d’extraits (ni conserver en « cache » les articles complets) de plusieurs grands titres de presse dont les droits sont gérés par une association d’éditeurs francophones, Copiepresse. C’est en particulier le cas pour Le Soir, La Libre Belgique et La Dernière Heure. Une procédure similaire oppose le moteur de recherche à l’AFP, mais n’a pas encore abouti.

Ce qui est intéressant est la manière dont Google applique la décision de la justice belge. En effet, le moteur de recherche ne s’est pas contenté d’écarter les titres belges de son service d’actualités (et de son cache), mais les a également retirés de l’index de son service de recherche générale. En d’autres termes, une recherche sur « le soir » dans Google Belgique ne donne actuellement aucune référence au quotidien (ce n’est pas le cas dans le reste du monde, par exemple en France le quotidien occupe toujours la première position sur cette requête).

Bien sûr, Copiepresse ne demandait que le retrait de Google News (et du cache) et l’interprétation de la décision de justice par Google est a priori très extensive. On trouvera une bonne synthèse sur cet épisode judiciaire dans cet article du 18h00 de l’Expansion. Mais quel est le rapport avec la thématique de ce blog, me direz-vous. C’est en fait assez simple.

Vous vous souvenez peut-être du billet que j’ai écris au moment où Craiglist a choisi de modifier son fichier robots.txt de manière à interdire l’accès de ses bases de petites annonces à tous les moteurs de recherche (c’est d’ailleurs toujours d’actualité). C’est à ce type d’action que Rachel Whetstone, directrice européenne de la communication de Google, fait allusion quand elle indique que « si les éditeurs ne veulent pas que leur site apparaisse dans les résultats des moteurs, et la plupart d’entre eux le veulent », une mesure technique « leur permet automatiquement d’empêcher les moteurs d’indexer leur contenu » (citée dans l’article de l’Expansion mentionné plus haut).

Sous-entendu : c’est tout ou rien, ou l’on accepte d’être référencé sur tous les services de Google, ou l’on modifie son fichier robots.txt de manière à écarter toute indexation (on peut aussi simplement interdire la conservation des pages en cache en indiquant dans la balise meta « robots » la valeur « noarchive »). Or il est évident que le fait de perdre la traffic généré par le service de recherche générale de Google est un sacré poids dans la balance…

Imaginez maintenant que Google lance un moteur de recherche vertical spécialisé dans les petites annonces, voire ciblé sur les offres d’emploi. En France, il y a quelques années, Keljob, qui se présentait comme un moteur de recherche d’emploi, avait dû renoncer à référencer les offres de Cadremploi devant la procédure lancée par ce dernier (rappelons-le au passage, aujourd’hui ces deux acteurs se marient sans rancune aucune). Mais, face à une menace de desindexation générale, un acteur comme Google n’aurait-il pas plus de poids ?

Un service comme Google Base semble indiquer qu’il recherche des solutions pour attaquer le marché des petites annonces. Dans cette perspective, il est donc particulièrement intéressant de suivre l’affaire qui l’oppose à Copiepresse…

Mise à jour 06/10/06 : voyez également ce que John Sumser en dit dans le champ de l’emploi (très remonté contre les agrégateurs, ce monsieur…).

Mise à jour 18/10/06 : hors du champ de l’emploi, je vous signale un billet très intéressant (comme d’habitude !) d’Emmanuel Parody qui relaie le point de vue de la société de droit d’auteur des journalistes basés en Belgique (SAJ) ; voir plus généralement sa catégorie médias, toujours très riche.

Mise jour 20/10/06 : selon une dépêche AFP publiée aujourd’hui, qui cite la présidente de Copiepresse, Margaret Boribon, Google aurait « demandé cette semaine à l’avocat de Copiepresse de l’aider à identifier et retirer tous les contenus de Google News interdits par la justice belge » et aurait « accepté de mettre fin « aux mesures de rétorsion » qu’il avait prises et de référencer de nouveau les journaux belges francophones tels que Le Soir, L’Echo ou La Libre Belgique sur son moteur de recherche » (la dépêche est reprise notamment par Le Monde et le 18h00). Voici donc un précédent rassurant pour les éditeurs de tout type de contenus en ligne…

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Un commentaire »

  1. Guy said

    Tu fais une excellente synthèse des éléments clés dans cette histoire

    http://avocat-a-montreal.blogspot.com

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