LinkedIn et l’emploi

Habituellement, les plates-formes de mise en relation professionnelle (déf.) ont un discours visant à minimiser la part de l’emploi dans leur modèle économique alors que, selon toute évidence, cette activité y occupe une place prépondérante.

C’est un dispositif de communication tout à fait fonctionnel mais un brin schizophrénique : il s’agit convaincre les recruteurs que ce sont bien les fameux « candidats passifs » qu’ils trouveront sur ces plates-formes, bref il faut minimiser la part de l’emploi pour favoriser au contraire son développement en mettant en avant un public différent de celui des job boards.

Un article paru en novembre dans Workforce Management est assez significatif de cela. Konstantin Guericke, Vice President of Marketing de LinkedIn, et Franck Vaculin, CEO de Spoke, s’y disputent l’image du service accueillant le plus de « candidats passifs ». Extrait (les caractères gras sont de mon fait).

Spoke Software, for example, has shifted its business model from social networking alone to a combination of social networking and data about people and companies. That information comes from sources including Web research and the signatures from e-mails sent to Spoke members who in effect « validate » data about people’s job titles and companies, Spoke CEO Frank Vaculin says. Spoke now says it has data on 32 million people, which should aid recruiters seeking passive candidates.

« These are people below C-level, » Vaculin says. « These are the kinds of people you can’t get off the Web. »

Vaculin, who took the reins of the company a year and a half ago, says Spoke’s e-mail validation system offers recruiters more current data on people than LinkedIn does, and he argues that LinkedIn members aren’t exactly passive.

« People publish information about themselves, and in fact become an active candidate, » he says.

As a gauge of LinkedIn members’ « passivity, » Guericke says less than 10 percent visit the site’s job listings. He also says LinkedIn members have uploaded more than 300 million contacts. But he says that because of privacy concerns, LinkedIn doesn’t make that data visible until the contacts themselves have opted in to LinkedIn and created a profile.

Compte tenu des enjeux, il est bien difficile de savoir, dans cette bataille de communication, quelle est la place exacte de l’emploi dans les revenus les plates-formes de mise en relation professionnelle. Mais, l’exercice du double discours étant plutôt délicat, il arrive de temps à autre que certains de leurs responsables donnent malgré eux quelques indications intéressantes. C’est notamment le cas pour LinkedIn.

En premier lieu, dans l’article cité, Konstantin Guericke, en essayant de minimiser la part de l’activité lié au recrutement, indique que les revenus de LinkedIn proviennent actuellement « pour moins de 50% » des services premium achetés par les recruteurs.

Although the recruiting business is important to LinkedIn, recruiters buying premium services account for less than 50 percent of LinkedIn’s overall revenue.

« Moins de 50% » est probablement un façon euphémisante de dire « presque 50 % », ce qui représente tout de même une part très importante pour une plate-forme se voulant généraliste.

Autre exemple. L’Express a récemment publié une courte interview de Reid Hoffman, CEO de LinkedIn, qui révèle notamment les intentions de la plate-forme américaine de proposer bientôt une version française. C’est une annonce intéressante, mais c’est un autre passage qui a attiré mon attention.

Mise à part la mise en ligne de leur parcours professionnel, les utilisateurs viennent surtout pour consulter la section « Jobs and Hiring » [emplois et recrutement, NDLR]. LinkedIn peut être utilisé de deux manières si l’on souhaite trouver un emploi grâce au réseau : on peut y faire une recherche soit par poste désiré, soit par entreprise ; il est bien plus facile de décrocher un poste si l’on connaît quelqu’un qui travaille dans cette entreprise et qui peut vous recommander. Par ailleurs, avant de pourvoir un poste, les entreprises elles-mêmes recherchent le candidat idéal en parcourant les profils en ligne. »

Tiens, les utilisateurs de LinkedIn viendraient donc « surtout » sur le site pour consulter la partie job board ? Pourtant, Konstantin Guericke déclarait dans l’article de Worforce Management que « moins de 10% » visitaient cette section…

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6 commentaires »

  1. PR said

    Intéressant effectivement ce double discours. Ah, le graal du « candidat passif » ! Il y aurait un bel article à écrire là-dessus 😉
    De toute façon, je me demande bien comment il est possible de calculer la part du CA spécifiquement liée au recrutement sur ce type de site.

  2. pijot bernard said

    je suis entièrement d’accord

  3. caroline R said

    Oui, Linkedin et les autres servent au recrutement, mais ne pas oublier l’usage qu’en font les commerciaux en tous genres et les entrepreneurs, à la recherche de partenaires commerciaux ou financiers dans diverses entreprises ou d’associés.
    J’aimerais savoir surtout si ceux qui paient sont uniquement les recruteurs, ou si certains commerciaux se font financer Linkedin par leur entyreprise.

  4. Oui, certaines entreprises paient des abonnements LinkedIn à leurs commerciaux, mais je n’ai aucune idée de l’ampleur du phénomène. Encore une fois, LinkedIn est très discret sur ses sources de revenus, et, comme le fait remarquer PR plus haut, il est fort probable que ses dirigeants aient des difficultés à bien cerner quels sont les usages exacts pour lequel les abonnements sont payés.

  5. Bonjour,

    Pour rebondir sur la question du CA de Linkedin & co en rapport avec l’activité « recrutement » de leurs membres : la plupart vendent la publication d’annonce, ils peuvent de cette manière quantifier une partie de leur revenus liés à cette activité. De plus je précise qu’ils vendent ces publications très cher : serait ce officiellement un moyen pour dissuader les recruteurs de se montrer trop présent afin de conserver ce pourcentage « en dessous de 50% » ;D ?

    Concernant l’attribution d’abonnements premium à des « recruteurs » c’est moins évident mais partiellement vérifiable car si je ne m’abuse les membres peuvent préciser les raisons pour lesquelles ils souhaitent être contactés par d’autres (ce qui permet par déduction de deviner leur intérêt à être présent sur le réseau) : « consulting offers » ne se traduit il pas par « offre de consultants » -> « offre d’indépendants »… si on extrapole légèrement, on peut traduire ça par « recrutement de collaborateurs » (tiré par les cheveux ? ptêt pas tant que ça, surtout que ça apparaît en seconde position juste derrière « carreer opportunities ») Sur Viadéo (ex Viaduc), on peut carrément cocher « Recruter des collaborateurs » comme intérêt, ça a au moins le mérite d’être parfaitement explicite.

    Je pense donc que ceux-ci jouent volontairement les candides, surtout que pour Linkedin l’onglet « Jobs & Hiring » apparaît juste après « Accueil » et « Membres », si ça c’est pas un aveu 😀 !

  6. Bonjour Eric,

    Merci de votre commentaire. Effectivement, les membres peuvent préciser les raisons pour lesquelles ils souhaitent être contactés par d’autres, mais en général ils indiquent… beaucoup de raisons ! Du coup, il est bien difficile de se fonder là dessus pour connaître leurs principaux usages. A mon avis seules des enquêtes spécifiques permettraient d’en savoir plus.

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