[Màj] Facebook entre usage personnel et usage professionel

Depuis le lancement, en mai dernier, de sa plate-forme permettant à des développeurs tiers de proposer des applications s’appuyant sur sa base de profils, Facebook connait une couverture blogo-médiatique assez impressionnante et une croissance très rapide du nombre de ses membres (les effectifs ont pratiquement doublé en 5 mois, atteignant aujourd’hui environ 45 millions d’individus).

Et, bien sûr, l’annonce hier de la prise de participation de Microsoft pour une somme étonnante va largement contribuer à maintenir l’engouement autour de ce réseau social numérique.

Ce qui m’intéresse dans Facebook, c’est que ce service brouille la frontière entre les plates-formes de sociabilité personnelle (type MySpace) et les plates-formes de mise en relation professionnelle (type LinkedIn). C’est cet aspect que je voudrais évoquer ci-après (avant toute chose, si vous avez besoin d’une mise à niveau rapide sur Facebook, je vous renvoie à la très bonne synthèse réalisée récemment par Fabernovel).

Màj 26/10 : léger remaniement du texte par rapport à la version d’hier.

Le problème des plates-formes de mise en relation professionnelle type LinkedIn, outre leurs bases d’inscrits sans commune mesure avec MySpace ou Facebook, c’est que les personnes qui en font un usage quotidien ou hebdomadaire sont rares et que la logique utilitariste prédomine au moment de l’inscription (on s’inscrit parce qu’on a besoin du réseau) comme dans les usages (sur ces aspects, je renvoie ici à l’étude réalisée l’année dernière avec France Lhermitte sur la thématique « Réseaux sociaux numériques et marché du travail« ).

Ces caractéristiques s’expliquent notamment par le fait que ce sont des outils de mise en relation et non de sociabilité.

Pourtant le caractère régulier de la fréquentation et la non prédominance d’une logique d’intérêt dans l’établissement des contacts sont selon moi des facteurs essentiels dans le développement des usages professionnel des réseaux sociaux numériques.

  • Le caractère régulier de la fréquentation parce qu’il permet de garantir que les inscrits sont réellement actifs, que les informations des profils sont à jour, et, accessoirement, que le nombre de pages vues est suffisant pour vivre quasi exclusivement de la publicité (les services payants des plates-formes de mise en relation professionnelle sont un frein important à leur développement).
  • La non prédominance d’une logique d’intérêt parce que selon le courant de la nouvelle sociologie économique, dont pensent s’inspirer les plates-formes de réseautage, les relations sociales interviennent dans la mise en place de relations marchandes mais elles s’en distinguent par le fait qu’elles ne s’inscrivent pas, initialement, dans une logique d’intérêt économique ; autrement dit, les relations sociales sont préexistantes aux relations économiques (encore une fois, je renvoie à l’article rédigé avec France Lhermitte).

Les plates-formes de sociabilité personnelle type MySpace sont, elles, régulièrement fréquentées et leurs usages ne se situent pas prioritairement dans une logique d’intérêt. Mais lorsqu’on est membre de ce type de service, on n’a pas forcément envie que ses contacts professionnels aient accès aux informations privées disponibles sur les profils. Facebook apporte une première forme de réponse à cette problématique, j’y reviendrai plus loin.

De par son origine (réseau interne pour les étudiants d’Harvard, élargi ensuite à l’ensemble des titulaires d’une adresse mail .edu, avant d’être ouvert à tous), ce réseau social numérique rassemble d’abord des étudiants et de jeunes professionnels diplômés de l’enseignement supérieur

Une « jeunesse dorée » pour certains, une « élite »pour d’autres. Mais, en tout état de cause, une population qui, d’une part, intéresse beaucoup les recruteurs, et, d’autre part, contribue à développer les usages professionnels de la plate-forme à mesure que les anciens étudiants s’insèrent sur le marché du travail, qui plus est sur un segment « supérieur » où la capacité à mobiliser son réseau revêt une importance certaine.

Le design « sérieux » du site (à l’inverse d’un MySpace) et la politique visant à limiter les « faux profils »(là encore à la différence de MySpace qui a au contraire favorisé leur utilisation dans le cadre d’opération de promotion) sont sans doute aussi des facteurs importants dans le développement d’usages professionnels.

Par ailleurs, en s’ouvrant aux applications externes, Facebook autorise le développement rapides de fonctionnalités susceptibles de servir de support aux usages professionnels de son réseau. LinkedIn a senti le danger et a annoncé un mois après l’initiative de Facebook l’ouverture « prochaine » d’un service similaire. Il risque cependant d’être très difficile de rattraper l’avance prise par Facebook en la matière.

Mais, à mon sens, ce sont les options avancées de gestion de la vie privée qui seront à terme déterminantes dans le développement d’usages professionnels de Facebook. En effet, en développant un système assez puissant de gestion de la privée, permettant de définir qui parmi ses contacts a accès à quoi, Facebook est susceptible de combiner la fréquentation régulière et la logique désintéressée d’un site de sociabilité personnelle avec les usages professionnels d’une plate-forme de mise en relation.

Certes, le site n’est pas encore allé jusqu’au bout de cette logique : il n’est possible, pour le moment, que de limiter l’accès à certaines informations à l’ensemble de ses contacts ou définir les individus qui n’auront accès qu’au « profil limité ». On attendrait ici des modalités de gestion plus souples permettant de définir pour chaque groupe de contacts (par exemple : famille, amis, relations professionnelles…) un accès spécifique aux informations.

En d’autres termes, il s’agirait :

  • de pouvoir définir à la fois des catégories de contacts et des profils types,
  • et d’avoir ensuite la possibilité de gérer l’accès des premiers aux seconds (tel profil pour la famille, tel profil pour les amis, tel profil pour les relations professionnelles…).

Mais tout cela doit être dans les cartons… Maj : Alexis Rollin précise en commentaire que la fonctionnalité est effectivement inscrite dans la roadmap de Facebook.

Ceci dit, il n’est pas certain que les utilisateurs parviennent à maîtriser parfaitement le système complexe que formeront à terme les modalités de gestion de la vie privée sur Facebook : avec le système actuel, beaucoup d’entre eux font déjà des confusions parfois gênantes entre ce qui est public, semi-public (auprès des networks et des friends entre autres) ou privé (communication inter-individuelle).

Au sein des usages professionnels, l’utilisation de Facebook pour le recrutement et la recherche d’emploi m’intéresse naturellement beaucoup. Suivant Jobster, premier à avoir développé une application pour Facebook, de nombreux autres acteurs du recrutement en ligne s’y mettent, avec plus ou moins de bonheur (cf. par exemple l’application de HotJobs). Mais ces outils sont bien trop récents, et leurs usages encore bien trop confidentiels, pour en faire une quelconque analyse. A suivre, donc…

Advertisements

7 commentaires »

  1. Effectivement, la gestion de ses contacts de manière plus fine (par groupes) sur FB est dans les tuyaux : http://www.facebook.com/whatsnew.php

    « Sort out your friends.

    We’ll let you organize that long list of friends into groups so you can decide more specifically who sees what. »

  2. Merci Alexis, je ne l’avais pas vu. Mais cela me paraissait être une suite logique de la stratégie actuelle de gestion de la vie privée.

  3. De rien ;-).

  4. J’allais oublier le principal … Taleo a développé une application sur Facebook pour son produit Taleo Business Edition dédié au PME-PMI. Un bouton « Facebook » présent sur la section Carrière de ladite PME permet à tous les collaborateurs d’ajouter un feed à leur profil Facebook. En cliquant sur ce bouton, l’application « Now hiring » de Taleo pour Facebook s’installe automatiquement et affiche les offres d’emploi venant de la section carrière sur le profil de chacun.
    Le recrutement dans les PME est souvent très local et se fait beaucoup par cooptation ou réseau de proximité. Dans ces conditions, une application sur Facebook a une réelle utilité pour développer le bouche à oreille en démultipliant les vecteurs de publication (chaque employé). Pour le Candidat intéressé par une offre, rien de plus simple que de s’adresser à la personne publiant les offres sur son profil Facebook pour en savoir plus, et ainsi initier le contact … A+

  5. humm… mon commentaire initial n’a pas été publié. sorry.

    Bonjour Yannick,

    Je découvre ton billet. Brillant exposé. Je me pose la même questions que toi en ce qui concerne Facebook. Je perçois un gros potentiel dans le sourcing de candidats sur ce site. Je trouve la fonctionnalité de création de Groupe tout à fait adapté et efficace pour capter ces fameux « candidats passifs » et les convertir en « candidats actifs » une fois séduits. Cependant, l’absence de frontière entre sphère privée et publique sur mon profil, ou ce doux mélimélo de « perso » et de « pro », m’empêche aujourd’hui de pouvoir réellement utiliser Facebook à la fois pour mon « perso » et mon « pro ». Aujourd’hui, il faut choisir son camp. Demain, si Facebook muscle ses fonctionnalités en la matière, tout sera possible. And the sky will be the limit … Je pense également que pour rencontrer le succès et devenir performant, il est préférable de construire une communauté avant d’espérer y faire du recrutement, que de construire un site recrutement pour en faire une communauté. Un site Emploi ou de recrutement, dans l’esprit des utilisateurs, n’est pas le meilleur endroit pour développer son réseau et publier du contenu, condition nécessaire à tout site à vocation communautaire. Comme tu le dis, c’est le fait d’avoir été être concu pour s’en servir tous les jours avec ses amis qui donne à Facebook ce potentiel incroyable pour de multiples usages, perso et pro. A suivre et à bientôt.

  6. Pierre > Merci pour le compliment 🙂
    Intéressant l’application Taleo. Reste à voir si les employés vont jouer le jeu de la diffusion d’offres d’emploi sur un espace qu’ils considèrent comme personnel. On ne sait pas encore très bien ce que le mélange personnel/professionnel peut donner, mais c’est clairement à suivre de près !

  7. […] Facebook, entre usage personnel et usage professionnel […]

RSS feed for comments on this post · TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :