Les Friend Lists de Facebook : des fonctionalités limitées (pour le moment)

Un très court billet pour faire suite à celui écrit il y a quelques semaines sur les usages personnel et professionnel de Facebook. La plate-forme de sociabilité personnelle vient en effet tout juste de mettre en place les Friend Lists, qui constituent la première étape du système de catégorisation des contacts (« friends ») et des informations que j’évoquais.

Première étape, parce que s’il est maintenant possible de définir des catégories de contacts, on ne peut pas encore choisir à quelles informations chaque catégorie a accès. Les Friend Lists ne sont pour le moment qu’un outil de filtrage/ciblage de la communication inter-contacts.

« These private lists can be used to message people, send group or event invitations, and to filter updates from certain groups of friends »

Mais on nous prévient qu’il s’agit juste d’un début et que l’objectif est bel et bien à terme de donner la possibilité de contrôler l’accès à l’information en fonction de la catégorie de contacts :

« This is just a start. Expect to see lots of new Friend Lists features in 2008 that will give you more control over the information you share on Facebook and who you share it with »

Facebook avance donc très clairement dans la perspective mentionnée dans le billet précédent.

PS : puisque j’évoque à nouveau Facebook, j’en profite pour signaler une interview accordée il y a quelque temps sur le thème « réseaux sociaux numérique et recherche d’emploi » à Fabrice Mazoir (depuis nous sommes « friends » sur Facebook !) pour le blog « Modes d’emploi », interview que vous trouverez également ci-après (ce qui me permettra finalement de faire encore une fois un billet bien -trop- long) .

Quelles complémentarités voyez-vous entre le réseau classique et les réseaux sociaux dans le cadre d’une recherche d’emploi ?
Les réseaux sociaux numériques, qu’il s’agisse des plates-formes de mise en relation professionnelle (Viadeo, LinkedIn…) ou de sociabilité personnelle (Facebook, MySpace…), sont d’abord censés être des outils au services des réseaux de relations préexistants : ils permettent de les formaliser pour en accroître la productivité (en facilitant la communication avec ses contacts, en faisant apparaître les relations au-delà du premier niveau…) et, éventuellement, de reconstituer des relations sociales interrompues (ce que l’on appelle parfois la « reconnexion »), par exemple avec d’anciens collègues ou camarades de formation. Mais ils peuvent aussi être utilisés pour développer le réseau de relations. Cependant, dans ce cas, il est fréquent d’observer des logiques d’accumulation quantitative du nombre de contacts virtuels qui n’ont plus rien à voir avec un « vrai » réseau de relation.
Sur les plates-formes professionnelles, disposer d’un nombre de contact artificiellement important permet souvent de contourner certains services payants. Sur les plates-formes de sociabilité personnelle, cela permet d’avoir accès à davantage de profils de membres. Et dans les deux cas, il y a aussi souvent une logique ostentatoire : on se donne ainsi une importance professionnelle ou sociale.
Mais il ne faut bien sûr pas imaginer qu’un réseau de contacts purement virtuels est susceptible de mener à l’emploi. Lorsque que Granovetter parlait de la « force des liens faibles » pour trouver un emploi, il s’agissait tout de même de liens réels ! Sur ces points, je vous renvoie notamment à un article que j’ai écrit l’année dernière avec France Lhermitte.

En ce moment on parle beaucoup des réseaux sociaux est-ce que, à votre avis, ces outils de e-recrutement vont se généraliser à tous les métiers ?
La mobilisation des réseaux sociaux « classiques » pour le recrutement et la recherche d’emploi est un trait essentiel du fonctionnement du marché du travail qui est connu depuis bien longtemps (voir notamment les travaux de Granovetter, déjà évoqués). Je ne pense pas que les réseaux sociaux numériques puissent revêtir un jour la même importance dans la constitution des relations d’emploi. Plus encore que les annonces en ligne (qui restent encore très concentrées sur le recrutement des cadres en CDI), il s’agit d’un média qui concerne une population très typée. En outre, le modèle qu’ils portent en matière de recrutement n’est ni unique ni stabilisé : substitut aux CVthèques et/ou aux jobboards spécialisés ? Support de processus industrialisés de cooptation ? Outil de diffusion plus informelle d’information sur des opportunités d’emploi et/ou des candidats ?

Sur votre blog vous parliez de Facebook comme un lieu où les usages personnels et les usages professionnels se mélangent, est-ce une tendance lourde ?
La valeur ajoutée d’un réseau social numérique tient beaucoup à deux facteurs : la taille du graphe social (c’est-à-dire l’étendue de la cartographie des relations sociales qu’il propose) et la régularité d’utilisation du service par les inscrits (gage de mise à jour régulière des profils et du graphe). De ce double point de vue, les plates-formes de sociabilité personnelle ont un très gros avantage par rapport aux plates-formes de mise en relation professionnelle.

Reste que, par définition, elles n’ont pas été a priori pensées pour un usage professionnel. Mais, d’une part, Facebook bénéficie d’un design très propre qui apparaît compatible avec un tel usage (ce qui n’est a priori pas le cas de MySpace). Et, d’autre part, son ouverture aux applications externes, lui octroie une grande plasticité qui lui permet (notamment) d’intégrer très rapidement des fonctionnalités professionnelles.
Comme je le précisais dans mon blog, il reste à Facebook un pas à majeur à franchir : permettre de différencier les catégories de contacts pour, entre autres, que les contacts professionnels n’aient accès qu’aux informations professionnelles (et pas aux photos de la dernière soirée un peu trop arrosée). Cette fonctionnalité est dans les cartons et, si son implémentation est bien pensée, elle devrait contribuer à développer les usages professionnels de Facebook.

Pour un chercheur d’emploi comment utiliser efficacement ces réseaux sociaux, quelles sont les erreurs à éviter, les conseils que vous pourriez donner ?
Si l’on est inscrit sur un site de sociabilité personnelle, il faut avoir pleinement conscience des informations auxquelles peuvent accéder les recruteurs, et utiliser les options de gestion de la vie privée, quand elles existent. Si l’on souhaite s’inscrire sur une plate-forme de mise en relation professionnelle, il faut surtout choisir la bonne, en fonction de ses objectifs, car il est extrêmement chronophage de reconstituer son réseau (et éventuellement de le développer) sur plusieurs d’entre elles. C’est d’ailleurs un obstacle majeur au développement de ces plates-formes : une fois que vous y avez formalisé votre graphe social, vous ne pouvez pas l’exporter ; et l’ouverture aux applications externes (que ce soit via la plate-forme de Facebook ou celle proposée par Google, OpenSocial) est encore très loin d’être une réponse satisfaisante à la problématique de la « captivité » des utilisateurs des réseaux sociaux numériques.

Ceci dit, sachant que beaucoup de recruteurs utilisent les plates-formes de mise en relation professionnelles comme des CVthèques à moindre coût, on peut aussi se contenter d’y être présent dans cette seule optique. Cela implique de remplir son profil de manière très détaillée, mais pas forcément de jouer le jeu de la (re)-constitution de contacts. Par contre, si le choix est fait d’utiliser pleinement les fonctionnalités réseau de ces outils, il est très important de se garder de céder à une logique «industrielle» (accumulation purement quantitative de contacts, sollicitations massives et indifférenciées de ces derniers…). Car on risque fort de perdre ainsi les qualités qui lui sont habituellement attribuées.

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